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LES CHRÉTIENS D’ORIENT

Les chrétiens d’Orient ont survécu tant bien que mal à deux mille ans de vicissitudes de l’histoire. Ils nous donnent donc une image rassurante de la chrétienté. Pourtant, ces communautés sont en train de mourir dans leurs pays d’origine. L’intolérance de certains régimes, la guerre, dans d’autres régions, poussent à l’exode des milliers de chrétiens, réduisant à une minorité ceux qui persistent a vivre dans le berceau de leur croyance. Leur départ inexorable se fait dans la détresse, silencieusement, souvent dans l’indifférence, mais toujours avec dignité. Si leur disparition complète est improbable, on peut craindre que l’exode réduise la population restée au pays à quelques individus plutôt qu’a une identité.

Ces communautés chrétiennes d’Orient sont les suivantes : les maronites, les coptes, les grecs, les syriaques, les arméniens, les chaldéens ; les branches catholiques ralliées à Rome sont appelées uniates. Le vaste mouvement d’éclatement du christianisme oriental vient de la difficulté de traduire d’une langue à l’autre les termes techniques qui expriment l’unité de Ia personne et la dualité de la nature du Christ. Chaque concile, dont celui de Chalcédoine en 451, a un  peu plus précipité la scission avec les Eglises d’Orient.

I – LES MARONITES

La communauté maronite, indissociable du Liban, est la plus connue des chrétientés orientales. II existe pourtant des maronites en Syrie, à Chypre et en Irak. L’existence de ce groupe est attestée depuis quinze siècles. Son fondateur, un ermite du nom de Maron, a donné naissance, après sa mort en 410, à une communauté de fidèles désireux de perpétuer son souvenir et son enseignement.

Les maronites dépendent du patriarcat d’Antioche ; ils vivent une vie monastique assez structurée. Leur implantation rurale et leur culture syriaque les ont laissés à l’écart des grandes villes côtières où les Grecs recrutent leurs partisans. Ils ne se sont pas laissé tenter par la controverse qui oppose chalcédoniens et monophysites après le concile de 451. L’Église maronite, catholique depuis son origine, n’a pas de branche orthodoxe ; elle a toujours été en communion avec Rome.

A une période de leur histoire, les maronites ont été monothélites : ils croyaient que Jesus est animé par une volonté, la volonté divine. Mais lorsque Rome déclare le monothélisme hérétique, dans un souci d’obédience à l’Eglise indivise, ils y renoncent

Les croisades constituent pour eux un tournant. Au contact des croisés, ils s’ouvrent  à l’influence occidentale et parviennent à faire une synthèse des deux cultures. Mais cette alliance avec les croisés va leur valoir un siècle d’oppression.

Du point de vue liturgique, l’Eglise maronite observe le rite syriaque avec lequel elle partage l’usage de l’araméen. Une latinisation de la messe a cependant eu lieu en ce qui concerne les ornements sacerdotaux et la communion, donnée sous une seule espèce : l’hostie.

Les archevêques et évêques constituent le synode de l’Eglise maronite. Comme toutes les Eglises orientales, elle est organisée autour d’un patriarche (actuellement Monseigneur Bechara Boutros Rahi), survivance du temps où toutes ces communautés chrétiennes étaient isolées ; le patriarche était alors à la fois le représentant du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel.

Cette Eglise, issue d’une communauté de vie monastique, donne une place importante aux ordres religieux. Ils sont très impliqués dans la vie politique du pays. Les congrégations assurent l’action  éducative et sociale du pays. Poussés à partir à travers le monde, les maronites ont fondé des paroisses en Amérique, en Australie, au Canada et en Europe.

II – LES COPTES

Cette communauté chrétienne orientale ne doit pas être identifiée simplement par le fait religieux. Il existe, en effet, une langue et une culture coptes. Les coptes se considèrent comme les descendants des Égyptiens de l’Antiquité. Le fait que cette communauté soit peu présente dans d’autres pays du Moyen-Orient renforce son appartenance à l’Egypte ainsi qu’à l’Ethiopie.

Les coptes pratiquent un rite qui a pris naissance dans le patriarcat d’Antioche. Ils sont issus de l’hérésie monophysite qui ne reconnait pas la double nature du Christ. On les dit «orthodoxes»  parce que séparés de Rome. II existe cependant une petite Eglise copte catholique représentant   deux pour cent de l’ensemble des coptes.

Un mouvement d’exode existe vers les Etats-Unis, le Canada, I ‘Australie et l’Europe.

La messe est la cérémonie centrale de la liturgie copte. Ils utilisent les mêmes instruments de culte que les autres rites orientaux (calices, voiles et étoffes de soie, croix, bannières et éventails).

La tradition copte compte sept rites sacramentels comme 1’Eglise latine, mais s’inspire du modèle byzantin qui insiste sur la purification.

L’Eglise copte est de structure patriarcale et son chef est appelé Très Saint Père, Patriarche d’Alexandrie, d’Egypte, de Nubie, de tout le pays évangélisé par saint Marc. Son nom est actuellement Théodore II.

Vivant depuis quatorze siècles dans un pays où l’islam est dominant, l’Eglise copte essaie d’éviter les affrontements religieux en affichant une identité arabe. Ces efforts ne constituent malheureusement pas une protection suffisante et  nombreux sont ceux acculés à l’exil.

III. LES GRECS ORTHODOXES

L’Eglise grecque orthodoxe du Moyen-Orient pratique le rite byzantin. Elle est sous l’autorité de trois patriarcats : Antioche, pour les communautés de Syrie, du Liban et de l’Irak ; Alexandrie, pour celles d’Egypte et Jérusalem, pour celles d’Israe1, de Palestine et de Jordanie.

Les sept premiers conciles sont reconnus comme œcuméniques. Les quatre premiers ont posé les dogmes fondamentaux de l’Eglise orthodoxe :

  • Nicée I (325) – Le Fils est de même nature que le Père ; Il est vrai Dieu.
  • Constantinople (381) – L’Esprit-Saint procède du Père ; II est de même nature que le Père et le Fils.
  • Ephese (431) – Marie, Mère de Dieu
  • Chalcédoine (451) – Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme
  • Constantinople n (553) – Réaffirmation de la double nature du Christ.
  • Contantinople Ill (680) – Le Christ possède une volonté divine et une volonté humaine.
  • Nicée (787) – Autorisation du culte de l’image : la vénération de l’image s’adresse à la personne représentée. L’adoration est réservée a Dieu.
  • Constantinople IV (869) – Division entre l’Eglise de Rome et celle de Constantinople : condamnation du filioque.

Le Credo dit : « Je crois en l’Esprit Saint qui procède du Père et du  Fils.»  L’Eglise d’Orient refuse cette extension prise unilatéralement par Rome sans la convocation d’un concile œcuménique, voyant dans cette démarche une autorité supplémentaire de la papauté. Elle reste donc fidèle au premier concile de Constantinople (381).

Les croisades auraient pu rapprocher les deux Eglises ; il n’en fut rien. La rupture doit  beaucoup à des raisons de circonstances. L’irréparable est consommé en 1203-1204: des croisés s’emparent de Constantinople et démembrent l’Empire. C’est le sac de Constantinople.

L’empereur et le patriarche se réfugient à Nicée. L’Empire latin d’Orient s’étiole rapidement car il est loin de ses bases.

En 1261, l’empereur Michel VIII Paléologue reprend Constantinople, mais les divergences sont grandes et les rancœurs tenaces.

Le Pape Jean-Paul II a demandé pardon a Dieu pour cet accident de l’histoire de l’Eglise d’Occident.

L’Eglise orthodoxe est autocéphale, gouvernée par un patriarche. L’œcuménisme œuvre sans relâche au rapprochement des Eglises d’Orient ct d’Occident.

IV – L’EGLISE MELKITE

L’Eglise melkite s’est constituée au VI° siècle par scission, au sein du patriarcat d’Antioche, de l’Eglise orthodoxe grecque. Son rattachement à Rome est officialisé en 1724.

Elle est appelée « melkite » en référence à sa fidélité à l’empereur (Malek). De rite byzantin, elle mêle, dans sa liturgie, le grec et l’arabe. Homogène dans sa structure, elle est incarnée en la personne d’un seul patriarche pour Antioche, Alexandrie et Jérusalem. Elle possède une composante monastique qui se rattache à la règle de saint Basile, née en Orient.

Les relations avec Rome ont souvent été délicates car les melkites ne voulaient renoncer ni à leur particularisme oriental, ni à leur autonomie en rejoignant le catholicisme. Par contre, leur  volonté de s’insérer dans l’environnement arabe rejoint celle des Grecs orthodoxes.

Les melkites sont au nombre d’environ 800.000 (chiffre de 2005), repartis entre les différents pays du Moyen-Orient et la diaspora.

V – L’EGLISE SYRIAQUE (syrienne)

L’Eglise syrienne d’Antioche est le berceau d’une des premières communautés chrétiennes. Apres la destruction du temple de Jérusalem en 70 après J.C. , Antioche est la seule ville de la chrétienté en Orient. La langue parlée dans cette région est l’araméen, encore utilisé par les chrétiens au nord de l’Irak ainsi qu’en Syrie.

Lorsque Constantinople devient la capitale de l’Empire romain, Antioche perd de son importance. De l’antagonisme entre les Empires romain et perse naitra la scission de 1’Eglise d’Antioche en deux : d’une part, l’Eglise syrienne occidentale (Turquie, Syrie, Liban, Palestine) ;

De l’autre, l’Eglise syrienne orientale (Mésopotamie, Perse, Inde)

En 410, le concile de Séleucie reconnait l’autonomie de l’Eglise syrienne orientale qui, plus tard, adoptera le nestorianisme. Le concile de Chalcédoine condamne alors le monophysisme.   La majorité de la population syrienne refuse les décisions du concile en raison de divergences  terminologiques et se sépare de l’Eglise catholique.

Cette Eglise monophysite est appelée aussi «jacobite» en l’honneur du moine syrien charismatique Jacques Baradé. Cependant, la partie de la Syrie qui ne se rallia pas à la nouvelle Eglise monophysite se soumit aux décisions de Calcédoine ; on la nomma « melkite » (cf. supra IV).

A partir de cette date, l’Eglise syriaque se regroupa autour de ses évêques en se repliant encore davantage sur elle-même. Le nombre de ses fidèles se mit à décroitre. Elle est de structure patriarcale comme toutes les Eglises orientales ; son chef porte le titre de patriarche d’Antioche et de tout l’Orient. Les Syriens catholiques vivent principalement en Irak, en Syrie et au Liban ; 500 000 environ d’entre eux vivent dans la diaspora (chiffre de 2005).

VI – L’EGLISE ARMÉNIENNE

Les chrétiens arméniens appartiennent à la famille chrétienne orientale, bien que leur origine soit à l’extérieur du Moyen-Orient arabe. Ils sont très présents au Liban, en Turquie, en Iran, en Syrie et en Terre sainte.

L’Eglise d’Arménie s’est séparée de la grande Eglise au V° siècle en s’opposant au concile de Calcédoine (451). De ce fait elle est en communion avec les Eglises non chalcédoniennes : copte, éthiopienne et syriaque.

La conquête arabe, puis la domination turque ont renforcé le lien entre la nation et l’Eglise. En 1915, le clergé paiera  un lourd tribut au massacre du peuple arménien. Suite aux vicissitudes de leur histoire, les communautés arméniennes sont présentes sur tous les continents. Leur grande capacité d’adaptation leur a permis de se fondre dans les pays d’accueil sans renoncer à leur culte ni à leur culture.

L’Eglise d’Arménie retrouve le contact avec les autres Eglises. Elle est entrée au conseil œcuménique en 1962, son monophysisme étant alors qualifié de purement « verbal ».

La branche orthodoxe (ou grégorienne) est la plus représentée.

La branche catholique constitue une famille très dispersée ; de larges effectifs ont gagné l’Amérique et l’Europe. Elle est également très  présente au Liban et en Syrie. Son influence et son rayonnement sont moindres que ceux de la branche orthodoxe, qui exalte le sentiment national et le rêve de reconquête de l’Arménie-patrie, dans la mesure où ce pays, maintenant libre, pourra les accueillir.

VII. LES CHALDÉENS

L’Eglise chaldéenne est très proche de l’Eglise syrienne avec laquelle elle partage la langue araméenne. Son aire d’expansion se situe dans ce qui est devenu l’Empire perse, avec un prolongement en Inde sur la côte de Malabar.

Sur le plan du dogme, cette Eglise est issue de l’hérésie nestorienne, afin d’affirmer une particularité culturelle et politique.

Au XVI° siècle une branche catholique est née. Victimes des vicissitudes de l’histoire, ces chrétiens ont presque disparu : ils ne sont que 600 000 environ dans le monde (en 2005 – sans compter les chaldéens de l’Inde). Par contre, c’est la branche catholique, qui réunît le plus grand nombre de fidèles. Ils sont principalement concentrés dans le nord de l’Irak ainsi que dans le Kurdistan ou vivait déjà une forte concentration assyrienne fuyant la Turquie. L’effectif de cette communauté restée en Orient (Irak, Iran, Syrie et Liban) est inférieur à celui de la diaspora.

LEXIQUE

Calcédoine : siège du concile de 451, qui condamne le monophysisme.

Monophysisme : doctrine qui ne reconnait que la nature divine de Jésus-Christ.

Nestorianisme : doctrine qui attribue à Jésus-Christ deux personnes, l’une humaine, l’autre divine. Cette doctrine a été déclaré hérétique par le concile d’Ephèse en 431

Ouvrage de référence :  Jean-Pierre VALOGNES – Vie et mort des chrétiens d ‘Orient

Opération «Un générateur pour les chrétiens de Qaraqosh » reconstruire la ville chrétienne de Qaraqosh

Qaraqosh la chrétienne comptait plus de 50 000 d’habitants avant l’arrivée de l’organisation Etat Islamique. En août 2014, menacés de mort par les terroristes, ils ont fui leurs maisons n’emportant la plupart du temps que ce qu’ils avaient sur le dos. Déplacés en Irak, ou réfugiés en Jordanie et au Liban, ils attendaient depuis trois ans, l’heureuse nouvelle ! Le 17 octobre 2016, après deux ans d’attente, l’heure n’est plus aux cris et aux larmes mais à la joie et à l’espoir pour des milliers de famille. Qaraqosh est libérée !

Contraint de quitter la ville en août 2014, Nisan Karomi, maire de Qaraqosh, s’est réfugié à Ankawa. « Deux ans que nous l’attendions ! Enfin, enfin, nous y sommes ! Qaraqosh va revivre et renaître de ses cendres. ’Nous avons déjà gagné car Daesh voulait supprimer les chrétiens, et aujourd’hui nous retournons là-bas et ils ne sont plus là. Notre ville doit être un témoignage pour le monde entier ! » Aujourd’hui si la ville n’est pas encore sûre, de nombreux déplacés, le cœur serré, sont déjà retournés visiter leurs maisons le temps d’une après-midi volée. « Entrez ! Venez visiter ma maison ! » invite Tariq, notre chauffeur, que la joie fait tressaillir d’impatience. L’émotion est palpable, le silence se fait, le temps s’arrête, les souvenirs remontent !

Immersion dans les rues de Qaraqosh

A Qaraqosh, la poussière s’est infiltrée partout. Certaines maisons tiennent encore debout par miracle. Les murs gardent les marques bien visibles des combats et de l’occupation. Sur toutes les maisons chrétiennes, à moitié ravagées, ont été taguées les slogans et le drapeau de l’Etat islamique. A l’intérieur des églises profanées et des maisons brûlées, les cendres du passé s’amoncellent sur les sols calcinés. Dans la cour intérieure de la cathédrale de l’Immaculée, utilisée par les hommes de Daesh comme terrain d’entrainement au tir, les douilles des fusils automatiques reposent aux côtés des images écornées de la Miséricorde Divine. Sur les murs du centre culturel Saint-Paul, est inscrit à la peinture noire : « Attention, tous les chrétiens, vous devez soit payer la “jizîa”, soit vous convertir à l’islam. Sinon, nous vous tuerons.»

En Jordanie, Salam 27 ans, a reçu des photos de sa rue, de sa maison, de sa chambre, … Avec sa mère, réfugiée à Amman, ils ont redécouvert avec émotion, les ruines de leur passé. « J’attendais cela depuis 2 ans ; j’ai tellement envie d’y retourner et de nettoyer le canapé plein de poussière…»

 Mais si certains veulent rentrer, d’autres ont peur et ne reviendront jamais, sauf si leur village est à nouveau sécurisé, reconstruit et susceptible de leur apporter un travail décent.

L’urgence est à la reconstruction pour leur redonner espoir

Pour Nisan Karomi, « après s’être assuré que la ville est de nouveau sûre, les déplacés reviendront petit à petit vers leurs foyers. Ils entameront alors une nouvelle étape de leur retour sur la Plaine de Ninive : la reconstruction. »

Les besoins sont immenses mais il faut rétablir en priorité les besoins de première nécessité. L’accès à l’eau et à l’électricité est essentiel pour un retour à une vie normale !

SOS Chrétiens d’Orient a donc décidé de financer un générateur d’électricité d’un coût de 20 000 € pour aider les habitants de Qaraqosh à reprendre possession de leur ville.

Ce générateur facilitera l’accès à l’électricité et à l’eau d’une centaine de familles.

Pour mener à bien l’opération « Un générateur pour les chrétiens de Qaraqosh», SOS Chrétiens d’Orient a besoin de 20 000 euros.

site : http://www.soschretiensdorient.fr/2016/11/operation-generateur-chretiens-de-qaraqosh/
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Message pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2016
« Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde » : Message du Pape François pour la 102ème Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié, le 17 janvier 2016.
Chers frères et sœurs !
Dans la bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’ai rappelé qu’« il y a des moments où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » (Misericordiae Vultus, n.3).
L’amour de Dieu, en effet, entend atteindre tous et chacun, en transformant ceux qui accueillent l’étreinte du Père en autant de bras qui s’ouvrent et qui étreignent afin que quiconque sache qu’il est aimé comme fils et se sente « chez lui » dans l’unique famille humaine. De la sorte, l’attention paternelle de Dieu est bienveillante envers tous, comme celle du pasteur avec ses brebis, mais elle est particulièrement sensible aux besoins de la brebis blessée, fatiguée ou malade. Jésus-Christ nous a parlé ainsi du Père, pour nous dire qu’il se penche sur l’homme blessé par la misère physique ou morale et, plus ses conditions s’aggravent, plus se révèle l’efficacité de la miséricorde divine.
À notre époque, les flux migratoires sont en constante augmentation en tout lieu de la planète : les réfugiés et les personnes qui fuient leur patrie interpellent les individus et les collectivités, défiant leur mode de vie traditionnel et bouleversant parfois l’horizon culturel et social auquel ils sont confrontés. Toujours plus souvent, les victimes de la violence et de la pauvreté, abandonnant leurs terres d’origine, subissent l’outrage des trafiquants de personnes humaines au cours du voyage vers leur rêve d’un avenir meilleur. Si elles survivent aux abus et aux adversités, elles doivent ensuite se heurter à des réalités où se nichent suspicions et peurs. Très souvent, enfin, elles doivent faire face à l’absence de normes claires et pratiques pour réglementer leur accueil et pour prévoir des itinéraires d’intégration à court et à long terme, avec une attention aux droits et aux devoirs de tous. Plus que par le passé, l’Évangile de la miséricorde secoue aujourd’hui les consciences, empêche que l’on s’habitue à la souffrance de l’autre et indique des chemins de réponse qui s’enracinent dans les vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité, en se déclinant en œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle.
A partir de ces constatations, j’ai voulu que la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié de 2016 soit consacrée au thème suivant : « Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde ». Les flux migratoires sont désormais une réalité structurelle et la première question qui s’impose concerne la façon de dépasser la phase d’urgence pour faire place à des programmes qui tiennent compte des causes des migrations, des changements qui se produisent et des conséquences qu’impriment de nouveaux visages aux sociétés et aux peuples. Chaque jour, cependant, les histoires dramatiques de millions d’hommes et de femmes interpellent la Communauté internationale face à l’apparition d’inacceptables crises humanitaires dans de nombreuses régions du monde. L’indifférence et le silence ouvrent la voie à la complicité quand nous assistons en spectateurs aux morts par étouffement, par privations, par violences et par naufrages. De grandes ou de petites dimensions, il s’agit toujours de tragédies quand bien même une seule vie humaine est perdue.
Les migrants sont nos frères et sœurs qui cherchent une vie meilleure loin de la pauvreté, de la faim, de l’exploitation et de la répartition injuste des ressources de la planète qui devraient être divisées équitablement entre tous. N’est-ce pas le désir de chacun d’améliorer ses conditions de vie et d’obtenir un bien-être honnête et légitime, à partager avec les êtres qui lui sont chers ?
En ce moment de l’histoire de l’humanité, fortement caractérisé par les migrations, la question de l’identité n’est pas une question d’une importance secondaire. Celui qui migre, en effet, est contraint de modifier certains aspects qui définissent sa personne et, même s’il ne le veut pas, force celui qui l’accueille à changer. Comment vivre ces mutations, afin qu’elles ne deviennent pas un obstacle au développement authentique, mais soient une opportunité pour une authentique croissance humaine, sociale et spirituelle, en respectant et en favorisant les valeurs qui rendent l’homme toujours plus homme, dans un juste rapport avec Dieu, avec les autres et avec la création ? De fait, la présence des migrants et des réfugiés interpelle sérieusement les diverses sociétés qui les accueillent. Elles doivent faire face à des faits nouveaux qui peuvent se révéler délétères s’ils ne sont pas correctement motivés, gérés et régulés. Comment faire pour que l’intégration se transforme en un enrichissement réciproque, ouvre des parcours positifs aux communautés et prévienne le risque de la discrimination, du racisme, du nationalisme extrême ou de la xénophobie ?
La révélation biblique encourage l’accueil de l’étranger, en le motivant par la certitude qu’en agissant ainsi on ouvre les portes à Dieu lui-même et que sur le visage de l’autre se manifestent les traits de Jésus-Christ. De nombreuses institutions, associations, mouvements, groupes engagés, organismes diocésains, nationaux et internationaux font l’expérience de l’émerveillement et de la joie de la fête de la rencontre, de l’échange et de la solidarité. Ils ont reconnu la voix de Jésus-Christ : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe » (Ap 3, 20). Pourtant, les débats sur les conditions et sur les limites à poser à l’accueil ne cessent de se multiplier, non seulement au niveau des politiques des Etats, mais aussi au sein de certaines communautés paroissiales qui voient leur tranquillité traditionnelle menacée.
Face à ces questions, comment l’Eglise peut-elle agir, sinon en s’inspirant de l’exemple et des paroles de Jésus-Christ ? La réponse de l’Évangile est la miséricorde.
En premier lieu, celle-ci est un don de Dieu le Père révélé dans le Fils : la miséricorde reçue de Dieu suscite, en effet, des sentiments de joyeuse gratitude pour l’espérance que nous a offerte le mystère de la rédemption dans le sang du Christ. Par ailleurs, elle alimente et renforce la solidarité envers le prochain, comme exigence pour répondre à l’amour gratuit de Dieu, « qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5). Du reste, chacun de nous est responsable de son voisin : nous sommes les gardiens de nos frères et sœurs, où qu’ils vivent. Entretenir de bons contacts personnels et savoir surmonter les préjugés et les peurs sont des ingrédients essentiels pour faire fructifier la culture de la rencontre, où l’on est disposé non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres. En effet, l’hospitalité vit à la fois de ce qui est donné et reçu.
Dans cette perspective, il est important de considérer les migrants non seulement en fonction de la régularité ou de l’irrégularité de leur condition, mais surtout comme des personnes qui, une fois leur dignité assurée, peuvent contribuer au bien-être et au progrès de tous, en particulier lorsqu’ils assument la responsabilité de leurs devoirs envers ceux qui les accueillent, en respectant de façon reconnaissante le patrimoine matériel et spirituel du pays hôte, en obéissant à ses lois et en contribuant à ses charges. En tout cas, on ne peut pas réduire les migrations à une dimension politique et normative, à des effets économiques, ni à une simple coexistence de cultures différentes sur un même territoire. Ces aspects viennent compléter la défense et la promotion de la personne humaine, la culture de la rencontre des peuples et de l’unité, là où l’Évangile de la miséricorde inspire et encourage des itinéraires qui renouvellent et transforment l’humanité tout entière.
L’Église est aux côtés de tous ceux qui s’emploient à défendre le droit de chacun à vivre avec dignité, avant tout en exerçant leur droit à ne pas émigrer pour contribuer au développement du pays d’origine. Ce processus devrait inclure, à un premier niveau, la nécessité d’aider les pays d’où partent migrants et réfugiés. Cela confirme que la solidarité, la coopération, l’interdépendance internationale et la répartition équitable des biens de la terre sont des éléments fondamentaux pour œuvrer en profondeur et de manière incisive dans les zones de départ des flux migratoires, afin que cessent ces déséquilibres qui poussent des personnes, individuellement ou collectivement, à quitter leur milieu naturel et culturel. En tout cas, il est nécessaire de conjurer, si possible dès le début, les fuites de réfugiés et les exodes dictés par la pauvreté, par la violence et par les persécutions.
Il est indispensable que l’opinion publique soit informée de tout cela et correctement, notamment pour prévenir des peurs injustifiées et des spéculations sur la peau des migrants.
Personne ne peut faire semblant de ne pas se sentir interpellé par les nouvelles formes d’esclavage gérées par des organisations criminelles, qui vendent et achètent des hommes, des femmes et des enfants, comme travailleurs forcés à travailler dans différents secteurs du marché, comme le bâtiment, l’agriculture, la pêche ou d’autres. Combien de mineurs sont contraints, aujourd’hui encore, de s’enrôler dans les milices qui les transforment en enfants soldats ! Combien de personnes sont victimes du trafic d’organes, de la mendicité forcée et de l’exploitation sexuelle ! Les réfugiés de notre époque fuient ces crimes aberrants ; ils interpellent l’Eglise et la communauté humaine afin qu’eux aussi, dans la main tendue qui les accueille, puissent apercevoir le visage du Seigneur, « le Père miséricordieux, le Dieu de qui vient tout réconfort » (2 Go 1, 3).
Chers frères et sœurs migrants et réfugiés ! A la racine de l’Évangile de la miséricorde, la rencontre et l’accueil de l’autre se relient à la rencontre et à l’accueil de Dieu : accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu en personne ! Ne vous laissez pas voler l’espérance et la joie de vivre qui jaillissent de l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui se manifeste dans les personnes que vous rencontrez au long de vos chemins ! Je vous confie à la Vierge Marie, Mère des migrants et des réfugiés, et à saint Joseph, qui ont vécu l’amertume de l’émigration en Egypte. Je confie aussi à leur intercession ceux qui consacrent leurs énergies, leur temps et leurs ressources à la pastorale et à l’aide sociale des migrations. A tous et de tout cœur, j’accorde la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 12 septembre 2015, mémoire du Saint Nom de Marie,
FRANCISCUS PP